4h ce mercredi matin, j’avale péniblement mes céréales à l’eau, à la lueur de la lumière des douches du camping. Les triathlètes passent, disent bonjour. Deux heures plus tard, combinaison enfilée, je suis face à ce plan d’eau, la boule au ventre, pour le départ d’une course mythique : l’ironman d’Embrun.
Le départ est donné et sans précipitation, je me glisse dans l’eau, dans la masse, au milieu de 880 pingouins. Les premiers mouvements sont chaotiques, ça n’avance pas ! Et puis la meute s’étire, je trouve ma place et mon rythme. Il fait nuit, nous sommes partis pour la course qui passe pour la plus dure au monde. Il ne faut désormais plus réfléchir, seulement avancer. Je trouve la nage somme toute agréable, sans donner un coup de battements, seuls les bras travaillent, mais la glisse est bonne et les sensations sont là. A la sortie, je note un bon temps (1h02), bien en deçà de mes projections.
Séance naturisme au milieu du parc pour enfiler la tenue de vélo, puis le grand départ, avec un jour qui se lève à peine. 5000m de dénivelée positive avec l’ascension de l’Izoard notamment. Les sensations sont bonnes et j’ai du plaisir à rouler sur mon nouveau Lapierre. Seul le braquet n’est pas adapté (39*23) et m’oblige à forcer un peu sur les pentes d’Arvieux ou celles de Champcella. Je passe néanmoins bien ces difficultés et me plaît à accélérer sur le plat. J’entends parler d’une place dans les 80, ce qui me galvanise, tandis que le passage dans la Casse déserte me transcende. Nous sommes au nœud de l’épreuve et je suis bien !
Je pose le vélo au bout de 7h10, soit près de 27 km/h de moyenne. J’enfile une chemise hawaïenne et commence alors le spectacle le plus poignant de la souffrance humaine volontaire, une flagellation composée de côtes répétées, d’allers-retours démoralisants, de ravitaillements redondants et pas assez diversifiés. L’eau m’écœure, le coca passe à peine, je ne peux plus manger de barres céréales ni voir de banane. Les points de côtés me transpercent et l’envie de vomir prédomine. Pourtant, les jambes sont là, sans douleur ni souffrance. Hervé Faure me double, j’avance péniblement à 10 km/h, tandis qu’il plafonne à 5 de plus ! Je boucle le premier des deux tours, plein d’émotion au passage de la ligne sous les acclamations. Je finirai ! J’alterne alors la marche et la course, commençant mon interrogation sur son utilité. A quoi bon ? Et finalement, je dois ma dernière accélération à Benj venu me retrouver à 7 km de la ligne ! Les dernières foulées sont hallucinantes, à 13 ou 14, je redouble des coureurs en perdition, et boucle mon dernier tour, avec les encouragements du public et d’autres coureurs à qui il reste un tour : les pauvres !
Le dernier kilomètre est un bonheur de souffrance, une jouissance individuelle exclusive, même si l’arrivée est quelque peu décevante. Il y a du travail à faire pour améliorer l’organisation et rendre à l’épreuve toute sa dimension ! Le résultat est là : j’ai perdu près de 5 kg pour une 66ème place en 12h41, avec un dernier marathon en 4h17 !
Guillaume avec qui je partageais ce défi et qui m’avait accompagné sur toute la préparation ne finit malheureusement pas, trahi par son corps au 14ème km.
Site : www.embrunman.com
Blog de l'Embrunman et une interview d'avant course : www.son-art.info/embrunman2007/
Grosse classe ... la chemise, c'était pour destabiliser les autres coureurs ?? Ou les fleurs imprimées améliorent-elles les performances ?
Rédigé par : Marc | 28 août 2007 à 17:56